Dans la Presse Affaires du mercredi 20 février 2008, Alain McKenna publiait un article extrêmement intéressant sur une tendance bien connue dont naîtrait actuellement une nouvelle tangente : la délocalisation énergétique.
Le Québec aurait apparemment une opportunité sans précédent de prendre du gallon dans le secteur des Hautes Technologies si celui-ci convenait d’une nouvelle offre pour attirer les “grandes électrivores” et ce en martelant le thème de l’approvisionnement énergétique. La province pourrait le faire en reproduisant le modèle de développement des grandes alumineries mis au point le siècle dernier. Vous savez… Alcan, Alcoa-Reynolds, Alouette. Ce pourrait se faire, cette fois-ci, en attirant les investissements pour la construction de grands centres de données informatiques nécessaires au fonctionnement des compagnies comme… Google, Microsoft, Cisco, Apple, Yahoo… vous savez!
L’enjeu : produire, traiter et stocker des masses toujours plus importantes d’informations électroniques. En gros, l’industrie des technologies de l’information (T.I.) est en train de se tailler une place parmi les industries les plus électrivores. Plus encore, la croissance continue de ce secteur de la nouvelle économie depuis une quinzaine d’années se fait dans un monde lui aussi de plus en plus demandant et dépendant sur le plan de l’approvisionnement en électricité.
La Revue des investissements d’E&B Data ne contient que très peu de compagnies ayant investi au Québec pour des projets dont le code SCIAN 518210 est lié au traitement et à l’hébergement de données électroniques. La compagnie montréalaise Groupe iWeb et l’australienne Recall figurent parmi les quelques compagnies ayant investi dans la construction de centre de données au Québec entre 2000 et 2007.
En entrevue téléphonique avec le responsable des Finances du Groupe iWeb, M. Marc Guindon, j’ai appris qu’à Montréal, il y a trois grands gestionnaires de centres données : Telus, Bell et CGI. Il y a aussi trois plus petits joueurs dont le Groupe iWeb. Selon ses estimations, les dépenses en électricité d’un centre de données peuvent représenter entre 5% et 10% des coûts d’opération. Le Groupe iWeb consomme actuellement 2 à 3 MW ou 2 à 3 millions de KW annuellement (en comparaison un ménage moyen consomme environ 15 000 à 20 000 KW) et bénéficie d’un tarif préférentiel qui n’a toutefois rien de comparable à ceux offerts aux alumineries. Sa compagnie prévoit consommer de 9 à 10 MW d’ici deux ans, ce qui constitue une prévision de croissance importante.
Un des désavantages du Québec actuellement est qu’Hydro perd de sa compétitivité sur le marché nord-américain, en particulier vis-à-vis d’États comme l’Iowa et le Kentucky qui offrent des tarifs d’électricité préférentiels pouvant être jusqu’à 50% inférieurs aux tarifs québécois. À titre d’exemple des retombées d’une telle offre à rabais, Google et Yahoo parmi d’autres ont construit des centres de données en Iowa au cours des dernières années. Il faut cependant noter que cette offre d’électricité à bas prix n’est pas nécessairement durable et le pari d’Hydro-Québec, tel que rapporté dans le journal Les Affaires du 8 mars 2008, est le suivant : l’étau devrait se resserrer sur le plan environnemental et ces compétiteurs américains ne pourront pas continuer d’offrir des tarifs aussi bas du moment qu’ils auront à rendre des comptes en termes d’émissions de gaz à effet de serre.
Marc Gindon évoque un autre obstacle, peut-être à plus long terme celui-là, au pouvoir d’attraction du Québec sur les Google de ce monde. À son avis, il serait difficile pour une compagnie comme le Groupe iWeb d’aller s’installer à l’extérieur de Montréal puisque les infrastructures de bandes passantes et de fibre optique ne le permettraient tout simplement pas à l’heure actuelle et ce même s’il demeure plus coûteux d’immobiliser dans la Grande Région Métropolitaine. Selon lui, Google pourrait sûrement s’offrir de telles infrastructures, mais pas sa compagnie.
Tout cela étant dit, l’avantage du Québec, en plus de reposer sur sa production abondante d’électricité, repose aussi sur la sécurité énergétique de son réseau qui s’alimente d’une énergie renouvelable stable (lorsque les réservoirs sont pleins!), mais aussi par des sources différentes (éolienne, nucléaire et thermique). Une compagnie comme le Groupe iWeb à l’instar des plus grandes dans le domaine, ne peuvent se permettre de « brown-outs » comme on l’a vu à New York ou en Californie au cours des décennies récentes.
Contribution des compagnies électrivores au PIB et revenus du gouvernement du Québec (2000-2005)
Il y a donc effectivement une équation simple qui se dessine. Le Québec est la province plus grande productrice d’électricité au Canada - 31% en 2006 selon Ressources naturelles Canada - offrant un service stable et dans une certaine mesure une énergie « verte » + des tarifs préférentiels offerts par une société d’État soucieuse de redistribuer les richesses du bien commun + des industries de pointe et pour le moins électrivores cherchant à réduire leurs coûts d’opération + un peu de vision économique durable + des compétiteurs incapables d’offrir autant d’électricité à des tarifs aussi bas = 31% du PIB de l’histoire récente de la province!
Néanmoins, il demeure important de considérer en tout point que les effets structurants d’un centre de données, si gros soit-il, sur l’économie aux échelles locales et nationales ne sont pas comparables à ceux des alumineries sur les plans : 1) de la création d’emplois de haut niveau et 2) des retombées indirectes.
Une question importante se pose alors : comment développer un modèle pouvant attirer toutes les composantes du système économique que constitue une entreprise ou une grappe d’entreprise œuvrant dans le secteur des Hautes Technologies?
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